Au Cabaret
Par Grégoire, jeudi 3 mars 2005 à 13:33 :: dvd :: #10 :: rss
Pendant que fristouille mon déjeuner, je jette un oeil distrait au DVD de Jean-Louis Murat, Parfum d'acacia au jardin

Les treize titres sont filmés en noir et blanc, live en studio (apparemment un ancien théâtre qui ne manque pas de charme), ce qui permet aux musiciens, en large arc de cercle, de mieux communiquer. On n'est donc ni dans la capture de concert (une seule prise, caméras multiples, direction privilégiée au moins dans l'attention sinon la réalisation), ni dans le clip (prises muliples et souvent incomplètes voire fausses, qui ne sont d'ailleurs même pas toujours majoritaires parmi l'ensemble des images censées repérsenter le morceau). Don Kent, crédité (explicitement, ce qui n'est pas toujours le cas) comme réalisateur, a certainement pris ces données en compte avant de lancer les sessions.

Filmer la musique reste quand même problématique. Il y a ce que j'appellerais l'école Canal+, sans leur en attribuer explicitement la réelle paternité. Son Symptôme : les apparitions de groupes filmées en live dans feue Nulle Part Ailleurs : un nombre impressionant de caméra, quasiment toujours en mouvements, privilégiant les angles les plus incongrus et les gros plans les plus techniques, le tout monté à la mitraillette. En un mot comme en cent, comment ne retenir de la musique que l'aspect performance, évènementiel - ce qui était finalement assez proche de l'esprit de l'émission à qui revient le crédit d'avoir fait jouer de vrais musiciens intéressant, en direct, à la télévision française à une heure de grande écoute.
Cette façon de filmer s'est malheureusement étendue, quittant le simple spectacle télévisuel et contaminant le cinéma. Il faut quand même préciser que celui-ci rencontre parfois d'autres problèmes : insérer de la musique (supposément) live dans un long-métrage doit avoir un lien avec la fiction.. et il faut parfois ruser pour qu'un acteur ne paraisse pas totalement dépourvu, la guitare à la main.
Une fois avancées ces réserves, on peut faire les comptes. Qui aujourd'hui réussit à filmer la musique au cinéma ? On réserve notre avis sur Michael Winterbottom, 9 Songs dont le soufre publicitaire risque de retomber bien vite au vu d'une bande-annonce peu engageante. Reste Olivier Assayas, mais j'aurais presque envie de dire qu'il filme plus avec la musique que la musique elle-même. La superbe scène d'introduction de Clean voit vraiment les canadiens de Metric jouer leur imparable "Dead Disco" mais le propos n'est pas de filmer l'interprétation de la musique, l'interaction magique de l'humain et de l'instrument.

Pour cela, il est nécessaire de pouvoir embrasser les protagonistes, lire sur leurs visages, sur leurs surfaces résonnantes, les réactions. Bref, plan fixe et large et son direct, comme l'avaient déjà compris Jean-Marie Straub et Danièle Huillet il y a plus de quarante ans, pour leur Chronique d'Anna-Magdalena Bach. Mais je vous parlerai sans doute des Straub bien assez tôt, revenons donc à l'origine de notre digression.
Don Kent donc. Qui n'est certes pas allé aussi loin dans la recherche formelle, mais qui n'hésite pas à laisser parfois le plan se dérouler sans forcément le couper pour "faire spectacle" (notamment, et c'est plus facile, sur les chansons que Murat interprète seul). Mais l'intérêt principal du DVD réside quand même, de mon point de vue, dans la musique, et ces chansons. Ne vaut il pas mieux, alors, un vrai concert, même de loin et enfumé ? Ne soyons pas chiche, et on prend les deux !
Parfum d'acacia au jardin est édité par Labels, et existe en version "limitée" avec un CD audio de 7 titres, de prises différentes.
Commentaires
1. Le vendredi 4 mars 2005 à 09:31, par Cre :: site
2. Le vendredi 4 mars 2005 à 11:20, par Grégoire :: site
3. Le vendredi 4 mars 2005 à 14:05, par Cre :: site
4. Le vendredi 4 mars 2005 à 14:22, par Grégoire
Ajouter un commentaire