La Fiancée Syrienne
Par Grégoire, mercredi 9 mars 2005 à 22:00 :: cinéma :: #12 :: rss
de Eran Riklis,
avec Hiam Abbass, Makram Khoury, Clara Khoury.
(2004 - 1h36)

Longtemps réduit à la seule présence d'Amos Gitaï, le cinéma israëlien gagne depuis le prix de la Semaine de la Critique attribué en mai dernier à Keren Yedaya (Mon Trésor) une visibilité accrue, entièrement justifiée par des films de qualité, dont Prendre Femme de Ronit et Schlomi Elkabetz, en attendant la semaine prochaine le superbe Avanim du français Raphaël Nadjari qui, après New York, est parti tourner à Tel Aviv.
Cette occupation pacifique de nos écrans se poursuit cette semaine avec La Fiancée Syrienne d'Eran Riklis, film beacuoup plus classqiue dans sa thématique que les trois précédemment cités. En effet, depuis Intervention Divine, l'amour au-delà du checkpoint étaient aussi le nœud du Mariage de Rana avec déjà notre fiancée du jour, Clara Khoury, ou d'un désastreux Cerf-volant.
Tous ces préliminaires ressemblent trop aux interrogations vestimentaires des invités sur le point de se rendre à la fête ("Mais non chéri, je te jure que je ne peux pas mettre cette robe noire, la grand-tante Aglaë m'a déja vue avec à l'arbre de Noël de la Mairie", ce genre). Je passe donc directement au(x) plat(s) du jour.
Sur les hauteurs du Golan, région occupée par Israël depuis 1967 mais toujours revendiquée par la Syrie, certains villages ont été coupés en deux, et les communications se font, au-dessus du no man's-land cerné de barbelés, par mégaphone. Mona doit se marier avec un acteur populaire syrien, qu'elle n'a jamais rencontré, mais le jour de fête se teinte de crainte : une fois la frontière passée, la jeune druze, apatride, deviendra syrienne... sans espoir de retour vers sa famille.
Cette oscillation hésitante entre joie et tristesse, entre comédie et mélodrame, est celle du film. Relations familiales, susceptibilités locales, politique internationales, tout, jusqu'à l'intransigeance administrative semble vouer le mariage à l'échec. Spectateur occidental, j'hésite entre le sourire et la tristesse de voir qu'un vieux grincheux cosntipé puisse réussir à empêcher un père de prendre son fils dans ses bras, d'apprendre qu'une sorte de Luis Guzman proche-oriental puisse se révéler mari tyrannique et père buté. Une des réussites du film est tire aussi bien d'un côté comme de l'autre, sur toutes les absurdités que perpétuent une société bien trop masculine. Le salut, nous dit Riklis, ne pourra passer que par les femmes. Mais l'avenir de Mona, comme celui de sa grande sœur Hamal (incarnée par la gracieuse Hiam Abbass) restent en suspens lorsque tombe le générique.
Une dernière remarque sur l'aspect visuel du film, assez étonnament tourné en Scope. Eran Riklis affirme avoir eu quelques difficultés à apprivoiser ce format, et certaines scènes, notamment en intérieur au milieu du film, sont en effet assez gauches, trop centrées parfois. Mais, lorsqu'enfin, suivant la noce, il sort et filme les groupes et les individus au milieu du paysage vide mais agité de la frontière, le choix s'avère judicieux. Autre signe qu'avec de la persévérance, on peut tout espérer. Y compris, qui sait, faire bouger les barbelés.
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