Potage de Saison
Par Grégoire, dimanche 13 mars 2005 à 18:00 :: cinéma :: #14 :: rss
Quand le choix des films est dicté par les contingences matérielles, on se demande pourquoi on n'est pas resté chez soi.
Le cinéphile n'aime pas les périodes de révisions intenses. C'est évident. S'il s'agissait de son domaine de prédilection, seule sa mémoire, imprégnée de diktats émotifs forgés à la chaleur d'un faisceau de projecteur, peut servir d'étalon. Nul besoin, donc, d'aller chercher ailleurs. Lorsqu'il s'agit d'un autre type de travail, que dans son extrémisime toujours gaillard le cinéphile n'hésiterait pas à qualifier d'alimentaire, les conséquences sont incalculables. Quelle détresse que de se rendre compte, passé 21h30, que le choix des possibles se réduit au rythme des stations de métros qui vous sépare de votre confortable siège !
Vendredi, 22h10
Elektra, de Rob Bowman

Amateur de genres que je suis, je ne peut qu'être intéressé par le renouveau (on devrait dire la mode, tant l'ambition purement commerciale de la Marvel est limpide) des films de super-héros. Outre le cornélien "c'est ça ou c'est rien" du soir, je m'auto-justife en me disant qu'un Spiderman 2 excuse beaucoup de films médiocres, et que de toute façon, ça ne peut pas être plus mauvais que Daredevil, dont mon souvenir est plus que vague puisque je ne me souviens pas du rôle qu'y jouait déjà cette brune piquante en bustier de cuir rouge.
Un arguemnt exthétique qui ne tiendra pas bien longtemps.
Problème 1 : mis à part le fait qu'elle manie assez bien le curre-dent king-size, le super pouvoir d'Elektra semble se réduire à une préscience limitée et une vitesse de pointe quasi-photonique. C'est déjà cinématographiquement peu (visions en faux noir et blanc trouble, effets de j'étais-à-droite-mais-je me-retrouve-à-gauche), mais l'origine - ou l'acquisition - de ceux-ci ne sont pas abordés. Suffit il d'un Terence Stamp en voie de Zato-Ichisation avancée pour faire d'une petite fille traumatisée une killeuse implacable ? en tout cas, aucun aspect psychologique ou originel ne pimente l'action présente, et les flash-backs, plus embrouillés qu'autre chose, sont d'une profonde laideur.
Problème 2: La mise en scène des combats, seul chose qui puisse nous rester, est proprement illisible.
Conséquence : il ne faut jamais vendre la peau de l'ours, etc. Daredevil présentait au moins une idée, qu'il exploitait mal, ce qui est probablement mieux que pas d'idées du tout. Dommage pour Jennifer Garner, mais je préfère la voir ridiculiser en quelques déhanchements zombistiques ridiculiser toute l'électro-lounge du monde (dans 30 ans sinon rien).
Samedi, 22h00
9 Songs, de Michael Winterbottom : Sex & Sex & Rock 'n' Roll

Vu la campagne d'affichage au slogan à la limite du racolage pas très passif, je me méfiais plutôt du nouveau film de Michael Winterbottom. J'avais déjà consciencieusement évité de prendre de ses nouvelles depuis la déception d'un 24 Hour Party People à la mesure de l'attente qui le précédait. Mais un troupeau d'aquaphiles avait pris d'assaut la projection du nouveau Wes Anderson, et la durée modeste du film fit de lui un plan B acceptable.
Avais-je réellement besoin de cette nouvelle preuve de la relativité du temps ? Dès les premières images, surchargées par une voix off sentencieuxe (et au passé), je savais que ca serait difficile. Soit l'énumération laborieuse de scènes de sexe, de scènes de concerts, parcimonieusement saupoudrées de rares scènes de la "vie quotidienne". Ces dernières sont trop rares et, d'avance plombées par un dénouement trop tôt révélé, leurs badinages poseurs ou leurs crises inexpliquées est incapable de donner quelque épaisseur au couple. Mais passons aussi vite que Winterbottom lui-même.
Il y a quelques jours, je parlais de la difficulté à filmer la musique. Apparemment, la question n'a pas trop turlipiné le réalisateur anglais. S'il peut se targuer de présenter un échantillon de l'aréopage du rock (saison automne-hiver 2004), il est en effet bien peu intéressé de les voir jouer. Quelques plans moyens sur les musiciens donnent la désagréable impression d'un play-back trop évident, alros que la majorité des plans sont larges, embrassant la scène de très loin, et nombre de têtes et de mains levées qui s'interposent.
L'objectif semble être plutôt sensoriel. Soit. Mais peut-on croire être au concert quand la musique de Franz Ferdinand ou de Primal Scream est tellement sous mixée qu'elle en devient mois percutante que les solos de piano de Michael Nyman qui pornographisent, bien plus que les images, chaque scène de cul ? Toujours filmées en vidéo numérique basse résolution, selon le même parti-pris sensoriel, elles sont longtemps quasiment illisibles. C'est quand elles deviennent plus explicite quel'on regrette ce méli-mélo visuel. Non parce que Winterbottom cèderait avec trop de facilité à la vulgarité visuelle (ses images froides rendent pénétrations et fellations trop impersonnelles pour cela) mais par l'intrusion, systématique après quelques préliminaires, de ces mélodies au piano en surimpression, alors que tout l'univers sonore reste par aillleurs diégétique. Un hommage aux téléfilms softs de M6 dont on se serait facilement passé.
Heureusement,
la préparation d'un émission consacrée à Serge Daney me tiennent à l'abri d'autres mauvaises surprises jusqu'à la fin du week-end.

Filmé début 1992, quelques mois avant sa mort, le DVD des entretiens avec Régis Debray Itinéraire d'un Ciné-Fils me pousse à me plonger, à nouveau, dans ses textes. Le rythme quasi quotidien qu'il adopte, à partir de 1981, lorsqu'il quitte les Cahiers du Cinéma pour Libération rendent son style encore plus immédiat, sans perdre une once de la pronfondeur, sans renier un instant le cinéma qu'il aime. Et qui, à peu de choses près, est aussi le mien.
Commentaires
1. Le vendredi 6 octobre 2006 à 10:53, par limbila :: site
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