Difficile de parler d'un film aussi foutraque (j'aime bien ce mot et l'utilise sans doute souvent à tort, mais ici il semble bien adapté), aussi foutraque et inhabituel que cette Vie aquatique. Mais si je ne le fais pas maintenant, alors que j'ai déjà trois ou quatre autres films à commenter, je ne le ferai jamais. Ce post sera donc assez largement antidaté.

Ma première surprise de spectateur pourtant averti vient du faux rythme d'adopte Anderson pendant toute sa première partie. Je m'explique. Entamé par une "avant première" assez catastrophique de la dernière production du célèbre cinéaste océanographe à bonnet rouge Steve Zissou, le film se voit contaminé par le montage, très "anecdotique" de cette oeuvre pas vraiment immortelle. Les plans se succèdent donc de façon hachée sans être rapide, ce qui est particulièrement flagrant lors des gags. Loin de s'intéresser au suspense du gag, comme il était notamment de mise dans le cinéma muet, Anderson court-circuite toute sa préparation, toute sa mise en place, et filme directement sa chute. Surprise assurée, et effet plutôt réussi.

Pourtant c'est quand le film quitte cette frénétique indolence qu'il vainc mes dernières réticences, lorsque, déjà chapîtré par des cartons chronologiques, il laisse à la fiction le soin de mener la barque (si j'ose écrire). Bref, lorsque les évènements s'enchaînent, que Zissou et sa ''team' se retrouvent le dos au mur (de carton-pâte) et que l'hilarant Bill Murray se voit forcé de prendre enfin les choses en main.

Voir l'acteur, souvent cantonné à des rôles d'observateurs apathiques se transformer en vengeur survolté relève d'un même plaisir de l'entrechoquement que cultive Wes Anderson tout au long de son film. Celui qui le fait passer du vrai bateau (en mer) à sa représentation grandeur nature dans un studio romain (Belafonte : Mode d'emploi). Celui qui, parlant documentaire océanographique, fait apparaître à la palette numérique (confiée à Henry Selick, le réalisateur du Nightmare Before Christmas de Tim Burton) des hippocampes arc-en-ciel ou des crabes berlingots.

La Vie aquatique est un film de l'entre-deux, mais d'un entre-deux qu'il cherche lui-même à faire disparaaître, violemment au besoin. A l'instar de la vocation de Zissou, qui est de montrer au public (très matériellement ancré dans ses fauteuils de velours) la vie peu confortable de la mer et de ses profondeurs, Wes Anderson ne cesse de faire tanguer son film, faisant apparaitre ou disparaitre tel personnage pour destabiliser les autres, ou injectant soudain le drame dans la comédie. Le tout, sous l'oeil bienveillant du chanteur brésilien Seu Jorge, second rôle du film et omniprésent dans la BO, avec d'innombrables reprises saudade de chansons de Bowie 70s. Emouvant et léger, le ton est donné.