Dans son entretien introductif au DVD (collection Cahiers du Cinéma / Studio Canal), John Carpenter se défend avec une amusante véhémence d'avoir fait un film de gauche, se déclarant un capitaliste heureux mais néanmoins conscient que sous la présidence Reagan comme dans cette aube du 21° siècle, l'Amérique allait trop loin. Je dus faire à peu près la même tête que John Nada devant cette révélation :

Certes, je sais à quel point il faut savoir différencier le propos des auteurs de leurs films (l'exemple typique étant Vincent Gallo, terriblement réactionnaire mais pour le quart de la moitié des films on serait prêt à tuer père et mère). Je n'oublie pas non plus que Carpenter est américain, et que même s'il est assez fier d'être considéré comme une "auteur" par la critique française, il garde en prononçant le mot un petit sourire sarcastique.

Alors je moi aussi campe sur ma position : They Live est un film politique. Peut-être principalement parce qu'il est une série B : film tourné sans gros budget, avec un ex-catcheur sur le retour comme personnage principal. Film fait de bric et de broc, prenant son argument dans une brève nouvelle de science-fiction, film d'action (la plus longue scène de baston de l'histoire du cinéma, ou du moins sa tentative) et comédie hilarante (par les remarques désabusées de Nada - mais c'est normale, il est prédestiné à ne croire en rien).

C'est sans doute pour ce mélange sans prétention que j'aime tant ce film, héritier, survivant presque, d'une tradition de série B où l'imagination pléthorique est seule à pouvoir rattraper le manque d'argent. They Live = John Nada = survivant. Pensez-y, ludi matin, en montant dans le métro surchargé.
I've come here to chew bubblegum and kick ass. Unfortunately, I'm out of bubblegum.