Coup de bol, il n'était pas trop tard et si le marchand de journaux était en train de remballer, je suis quand même revenu avec le journal, et la promesse de retrouver bientôt sur mon écran Pascal Greggory en tenue de planchiste, ou la chevelure ondoyante d'une Arielle Dombasle, toujours fabuleuse chez Rohmer, courant sur la plage.

Et puis, il y a le double effet Monde-télé. Celui qui fait qu'un non-redevable comme moi devient néanmoins fébrile devant ce supplément. Je parle, bien entendu, de la page de critiques de Jean-François Rauger (par ailleurs programmateur de la Cinémathèque française).
Peut-être est-ce un héritage daneysien, mais je suis très friand des critiques de films qui passent à la télévision. Qu'il s'agisse de la colonne quotidienne de Louis Skorecki dans Libération que le cable et l'entêtement détachent complètement d'une actualité bassement hertzienne pour toujours dialoguer sur le cinéma qu'il aime, ou de cette page du Monde, soumise à d'autres impératifs.

Pour le critique, la contrainte formelle est souvent traitresse. Pour Rauger, elle est simple. Une semaine de programmes hertziens, c'est trente ou quarante films. Pour chacun, du pur navet au chef-d'oeuvre, deux phrases, rarement plus. Concision terrible pour le critique, incapable de développer, obligé de trouver les mots les plus percutants, qui vont si bien au teint de la mauvaise foi cinéphile (souvent vantée ici).

Pourquoi vous parler de tout cela aujourd'hui ? Outre la volonté de donner à mes quelques lecteurs de quoi patienter jusqu'à une période un peu plus fastes en notules diverses, j'ai surtout remarqué que l'ami JFR considérait L'Amour Extra-large des frères Farrelly comme, je cite, une "comédie burlesque et moraliste sur la monstruosité ordinaire et les différentes façons de s'en accommoder".

Ce qui est rigoureusement vrai. Cependant, ayant revu le film la semaine dernière en DVD, j'avais hésité à en toucher deux mots ici. Projets que j'avais abandonné, incapable que j'étais de préciser pourquoi ce film me décevait d'autant plus que, depuis, les Farrelly Bros ont commis un vrai chef-d'oeuvre sur la monstruosité ordinaire, Deux en Un.
Dans ce Shallow Hal, titre VO soulignant l'aspect superficiel du regard de son personnage principal plutot que les formes extravagantes de celle qu'il va, sous l'emprise d'un sortilège qui ne le fait voir que la beauté "intérieure", choisir pour dulcinée.

Signe, également, d'une volonté de ne surtout pas tomber dans un "racisme anti-gros", volonté que les traducteurs ont allégrement balayé et qui présage du pire quant au traitement de la Version française du film - que je n'ai pas eu le courage de visionner, je crois que je manque encore de conscience amateure. En effet, le comique du film ne repose pas tant sur les situations, chaise qui craque ou culotte de deux mètres, que sur les dialogues et l'incompréhension entre Hal et Maurizio, son compère de complexe et de drague sans espoir.

Dans Deux en Un, la question était exactement celle de l'avant-après (comment vivre sans sa moitié ?). Ce n'est pas, malgré ces deux images du film, la problématique de Shallow Hal, qui est plutôt "comment faire voir à l'autre ce que je vois moi ?". Venant d'un "couple" de cinéaste, elle ne manque pas de piquant.