De Gregg Araki, je ne connaissais que Nowhere, volet final d'une "trilogie adolescente" qui lui avait valu un statut de réalisateur culte (au sens actuel et galvaudé du terme). J'étais resté circonspect devant ce film qui partait dans tous les sens, multipliant les outrances visuelles et scénaristiques, accumulations d'instants d'adolescence fantasmée qui faute de liant devenaient une succession de visions qui m'avaient laissé froid.

Malgré sa bande annonce qui laisse craindre à nouveau des dérives esthétisantes qui siéraient mal au sujet grave du film, celui-ci est une bonen surprise. D'abord sur sa consistance. Les trajectoires (pas si) parallèles des deux adolescents sont traitées avec suffisamment d'attention pour que la fiction se construise et contamine le spectateur.

Deux garçons, deux époques. A huit ans, ils jouent au base-ball. Neil est doué, et déjà bien dégourdi dans la vie. Brian, plus timoré craint la balle et les adultes. Des caractères qui s'accentueront après que les deux enfants aient été violentés par leur entraîneur pédophile.
A dix-huit ans, Brian s'est persuadé que son black-out est la trace d'un examen par des extra-terrestres en visite. Neil se prostitue auprès des amateurs de jeunes éphèbes.

On est loin du conte, de l'insouciance de la jeunesse. Une fois entrée de force dans leur vie, la violence ressurgit reste tapie, prête à ressurgir. Mais Mysterious Skin n'est heureusement pas un film dénonciateur (du genre, la pédophilie c'est mal, regardez ca fabrique des pédés drogués). Les personnages, principaux comme secondaires, sont soignés et très bien incarnés, et évitent la caractérisation sociologique. On n'en tremble que plus lorsque, dans un bar, la mort elle-même vient parler à Neil.