Peau de Cochon
Par Grégoire, mercredi 20 avril 2005 à 16:00 :: cinéma :: #31 :: rss
de Philippe Katerine,
avec Thierry Jousse, Anthony Karoui, Gaëtan Chataigner.
(2003 - 1h24)
Quand j'ai appris, au cours d'une projection des courts-métrages de Thierry Jousse dans lesquels il a fait l'acteur, que Philippe Katerine avait pris la caméra (comme on prend la plume ou le maquis) et préparait un épisode de la série Portraits, je me suis senti impatient... et jaloux de ne jamais pouvoir, a priori, voir le résultat en salles.
Un an et demi plus tard, c'est pourtant chose faite. Car une fois ce Portrait réalisé (c'est le segment Un kilomètre à pied, l'un des plus beaux et émouvants du film), Katerine n'a pas voulu reposer la caméra (souvenez-vous, le maquis). Et lui a adjoint une douzaine d'autres histoiriettes intimes, qui sortent aujourd'hui sous cette Peau de Cochon.
Intimes, parce que s'il filme plutôt sa famille et ses amis que lui-même, Katerine ne s'en met pas moins lui-même à nu. Comme sur cette affiche, tirée d'un surprenant dessin de sa nièce Suzanne. Par ce dessin comme par son regard-caméra, on découvre une autre face, plus fragile, d'un homme que par ses chansons on croyait avoir cerné, en vague dandy pince-sans-rire et un rien narcissique.

Chacun de ces segments, chacunes de ces petites histoires prennent place en un lieu, à un certain moment. Tous, sauf un (Hélicoptère 1 - on y revient tout de suite) voient Katerine lui-même, de derrière la caméra, intervenir dans le champ. Par ses mains qui saluent les voitures au passage d'un pont, par ses monologues ou par ses simples rires, mais qui sont toujours partie-prenante du plan.
On peut arguer que sans un minimum de refléxion sur la place de la caméra, sans distance entre le sujet et l'objet, on ne fait pas de cinéma. Katerine n'a d'ailleurs sans doute pas cette prétention. Il filme. La caméra s'allume, elle enregistre, en même temps, des images et du son. L'action, que dis-je, la vie existait précédemment à la scène, et continuera après. Lorsque l'image se fige, le plan-séquence s'arrête, coupe tout (le film n'en donnera pas de "suite") mais laisse aussi la vie continuer. simplement, nous ne sommes plus là pour la voir.
Hélicoptère 1 est l'exception à la structure commune. Edie, sa fille, raconte en gros plan fixe l'un de ses rêves, sans intervention du père. Mais plus tard, celui-ci reprend le récit à son compte et à bout de bras, en une jolie réminiscence eustachienne. Katerine avoue d'ailleurs que le titre de son film est (aussi) un hommage au court-métrage d'Eustache Le Cochon qui filme la mise à mort d'une de ces bêtes.
Si tout n'est pas d'égal intérêt dans le film, si la DV en mouvement est parfois difficile à supporter, Peau de Cochon est indéniablement une collection d'émotions qui, de la nostalgie au malaise, est très touchante.
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