Temporada de patos (La Saison des Canards) de Fernando Eimbcke,
avec Daniel Miranda, Diego Catano, Danny Perea.
(2004 - 1h30)

Ce premier film d'un jeune réalisateur mexicain était présenté à la Semaine de la Critique. Flama et Moko sont deux jeunes ados, abandonnés par leurs parents dans un appartement d'une barre HLM d'un quartier de Mexico. Quand, après s'être ennuyés, avoir joué à la console et s'être encore ennuyés, ils commandent une pizza, le livreur met, selon eux, plus que les trente minutes réglementaires. Comme ils refusent de le payer, il s'installe lui aussi dans le salon.

Chronique en huis-clos du mal-être adolescent ? Malheureusement non. Tourné en numérique, dans un noir et blanc tout sauf convaincant, le film est plutôt une comédie m'as-tu-vue qui multiplie les effets visuels du plus mauvais effet (caméra dans le four, derrière un hublot, ou contemplant longuement un matche de football virtuel sur Playstation). L'incursion d'un jeune et jolie voisine venue tenter quelques prouesses culinaires n'apporte pas non plus de bouffée de fraîcheur.

The Taste of Tea de Ishii Katsuhito,
avec Maya Banno, Takahiro Sato, Tadanobu Asano.
(2003 - 2h23)

Une petite fille est onservée par son double géant. Son frère, un peu plus agé, entretient suite à une séparation lycéenne un dégoût des femmes. Lorsque l'on goûte cette première gorgée du thé de Ishii Katsuhito, c'etspour s'intéresser au monde intérieur de ces deux enfants de la famille Haruno, et leur vie quotidienne, dans une village non loin de la ville, se mêle à leurs visions.

Le film leur ajoute d'emblée une forte dimension sonore. L'écran estr encore noir qu'il est déjà rythmé par des souffles saccadés. est-ce une scène de terreur ? une scène d'amour ? Non, simplement le souffle de la course éperdue de Hajime après le train qui emmène sa bien-aimée loin de lui.

Le film se démarque donc rapidement par son univers visuel et sonore. Dans cette première scène, on a soudain la vision du train qui traverse la tête du jeune garçon, une vision forte de désespoir qui réapparaît régulièrement dans la suite. Plus tard, le son d'une fenêtre qui claque, des pièces de go que l'on pose avec fermeté sur le plateau contribuent à mélanger pour le spectateur le réel et l'onirique, jusqu'à l'intrusion d'une séquence de manga (domaine d'origine du réalisateur, qui avait d'ailleurs déja animé la séquence du premier Kill Bill de quentin Tarantino).

Dommage que l'élargissment de ce spectre esthétique ressemble de plus en plus à une dispersion, alors que le film avance et que des enfants, le centre d'attention s'est étendu à leur famille et à leurs proches. Mais si elle aurait sans doute gagné à se resserrer (on frise les deux heures et demies), cette comédie protéiforme est suffisamment étonnante pour mériter le coup d'oeil.

Breaking News de Johnny To,
avec Richie Jen, Kelly chen et Nick Cheung.
(2004 - 1h31)

On termine par le meilleur, avec ce nouveau film de Johnny To (auteur du chef-d'oeuvre The Mission), déja en Sélection Officielle l'an dernier, mais qui étrennera la compétition en mai prochain.
Après un échec retentissant (mais ô combien brillant, puisqu'il est filmé en un époustouflant plan-séquence), la police de Hong-Kong doit absolument regagner sa crédibilité et la confiance de la population. Quelques brainstorming plus tard, c'est la télévision qui est invitée aux premières loges pour sublimer, en herzien, le courage et l'abnégation des forces de l'ordre.

"Yes, we do need a good show !", entend-on dire lorsque l'opération est décidée. C'est exactement ce que nous propose Breaking News : un film de studio (les scénaristes sont crédités comme Milkyway Creative Team) qui possède la stucture de base du film policier asiatique, et qui laisse à son réalisateur l'occasion de montrer toute sa dextérité.
Outre donc cette ouverture, le film se concentre rapidement autour d'une grande barre d'immeuble d'habitation dans laquelle les gangsters se sont réfugiés et qui, évacuée tant bien que mal, est cernée par la police. Comme dans le Time and Tide de Tsui Hark, ce sont les couloirs et les cages d'escaliers qui vont offrir au ballet des corps et des gunfights leur tempo.
Sauf que To dispose, avec la présence des équipe de télévision sur les lieux, de plusieurs niveaux de représentation de son scénarion qui contaminent eux-mêmes le déroulement des opérations : les gangsters, retranchés dans divers appartements, possèdent ainsi leur propre agent à l'extérieur. Ils leur suffit d'allumer la télévision et ils disposent d'informations , certes biaisées, mais qu'ils ne devraient pas nécessairement posséder. De plus, ils cherchent à leur tour à gagner la véritable guerre des images qui se met en place : lorsqu'ils repoussent un assaut, une vidéo prise par un téléphone mobile est ainsi rapidement envoyée et diffusée, au grand dam des autorités.

Sans être le très grand film que l'ont aurait pu attendre du réalisateur stakhanoviste de The Mission, Breaking News est la preuve, après Infernal Affairs d'Andy Lau - dont le second volet sort bientôt - que le cinéma de Hong-Kong sait toujours nous bluffer.