Dans le film qui commence, un homme sort de chez lui. Il plaisante avec une contractuelle. A peine ai-je le temps de me dire qu'il ne doit pas aller très bien que le voilà qui s'écroule au ralenti sur le trottoir. Au secours ! est ma pensée suivante.
La séance vient de commencer, l'attaché de presse est encore dans le couloir, je ne peux décemment pas partir de suite. Pas pro. Et puis, j'ai ma fierté, moi aussi. Le seul navet que j'ai laissé en cours de route a raflé tous les prix du public et les césars du monde. Je ne voudrais pas être à nouveau cause d'une telle injustice.

Et puis, c'est vrai, commencer un film, ouvrir une histoire n'est pas chose aisée. J'attends donc de voir la suite. Las, les fourmis reprennent vite l'assaut de mes gambettes devant cette histoire, pourtant pas indigne, de trois amis de vingt ans et de leurs conjoints, à l'approche de la quarantaine. De plus, le casting suit : Aurélien Recoing et Hippolyte Girardot d'un côté, Claire Nebout et Laurence Côte de l'autre sont des acteurs que j'aime d'ordinaire beaucoup. Mais qui parraissent tous ici à la remorque des pauvres répliques dont on les nourrit.

A qui la faute, me demanderiez-vous si vous n'aviez pas déjà fui cette notule pour la suivante (ou pire, pour infirmer mes dires avec le thermostat des spectateurs d'Allociné). Essentiellement à Jacques Ozmetguine, et à sa dramatique adaptation d'un (obscur) roman de Lionel Duroy. Celle-ci sent tellement la sueur et l'application qu'elle m'a presque donné la nausée. Imaginez une structure faite de nombreux flash-backs, tous plus ou moins imbriqués les uns dans les autres, mais de telle sorte que chacun d'entre eux soit parfaitement recollé à l'instant présent comme étant une situation à la fois similaire et antérieure. Compliqué ? Mais non : on se ballade en fauteuil roulant, et paf!, au détour d'une collure, on se souvient d'une autre ballade en fauteuil roulant qui,déjà, nous avait mis les larmes aux yeux. Et cette statue qui faut choir, te souvient-il de son histoire et qu'un soir tu faillis déjà d'un coup d'éventail la briser ? Et cætera, et cætera.

Cette construction archi-scolaire,comme le carton "deux ans plus tôt" qui vient souligner en néon clignotant une rupture temporelle que l'atmosphère de la scène, la couleur de sa photo, avaient déjà fait comprendre depuis vingt secondes, insulte à chaque raccord l'intelligence du spectateur. Mais Jacques Ozmetguine, n'en a cure, lui qui, filmant deux anciens amants qui se téléphonent, fait apparaître la silhouette de l'un, par la zone floue, dans le cadre de l'autre. Celui qui voit là une esthétique de la séparation n'a, décidément, rien à me dire.