"Shizo", c'est le surnom qu'ont donné ses camarades à Moustafa, jeune garçon d'une quinzaine d'années effectivement un peu idiot. Renvoyé à cause d'une bagarre qu'il aurait provoquée, il est embauché par son beau-père. Sa mission : trouver, parmis les nombreux hommes qui attendent chaque matin une éventuelle embauche à la journée ceux qui accepteraient de participer à des combats de "boxe" clandestins.
Il est peut-être temps de préciser que l'on est au Kazakhstan, de nos jours, et aux abords d'une petite ville (qui a tout l'air d'un gros bourg) perdue au milieu de la steppe. Donc un seul médecin (que l'on paie avec des oeufs et du poisson frais), probablement une unique école. Et beaucoup d'installations industrielles désaffectées. Les mines, les usines, les lignes à haute tension qui zèbrent ces plates étendues d'herbes sèches semblent vidées de leurs essence productive (et soviétique), abandonnées aux pilleurs, reléguées au rang de monuments que plus personne ne visite.

Il y a en effet dans le premier film de Guka Omarova (ancienne actrice de Sergueï Bodrov qui cosigne et produit ce Shizo) quelque chose qui tient à l'atmosphère, aux paysages, que l'on retrouvait déjà dans les quelques autres films d'Asie Centrale à être parvenus jusqu'à nous (ceux de l'autre kazakh, Darejan Omirbaev, ou Le Singe du kirghize Aktan Abdykalykov). L'impression que de ces territoires encore majoritairement vierges à l'œil du spectateur occidental peut à chaque instant surgir la nouveauté, l'inattendu. Dans un plan, Shizo se promène, un peu bougon, au bord d'un lac aux eaux calmes qui se perdent dans le bleu gris de l'horizon, duquel surgit miraculeusement, beaucoup plus haut, les contreforts de l'Himalaya. Mais le temps que l'on se rende compte de sa beauté, le plan a disparu et ne reviendra plus.

A d'autres moment, Guka Omarova n'évite pas toujours la tentation coupable de l'esthétisme facile : quand Moustafa, pourtant révolté par la mort piteuse d'un homme qu'il avait recruté, part proposer à son oncle de tenter sa vie pour la Mercedes qui est le lot du prochain combat, celui-ci est devenu un ermite perché en haut d'une immesne batisse surplombant de ses piloris une mer calme d'herbes folles. Cette apparente contradiction dans ses actions comme les nombreusues scènes en caméra subjectives, filmées à courte focale - qui déforme donc les bords du cadre pour bien nous rappeler la fêlure de Shizo - n'aident pas à s'identifier au personnage, et le mélange des genres un peu brouillon qui s'opère peu à peu, nous baladant du film d'apprentissage avec épisode romantique au polar aux piques comiques, n'est peut être pas assez soigné pour nous emporter, mais réussit à maintenir notre intérêt jusqu'au dénouement.