De la noirceur de la nuit d'un Portugal renaissant à la blancheur d'une neige allégorique, deux films sortis cette semaine m'ont fait voyager bien loin des sentiers (re)battus chaque mercredis. J'en suis rentré la tête pleine d'impressions, les poches pleines de souvenirs. Avant de vous en reparler, une fois ceux-ci reposés, classés, voici juste quelques lignes jetées à la volée, pour faire germer vos propres envies de voyage.

Le Cinquième Empire de Manoel de Oliveira est un voyage au coeur de la nuit et du songe. C'est un film d'une beauté obscure, qui convoque les paradoxalement les tournures, d'ordinaire péjoratives, de "beauté picturale" et de "théâtre filmé". Alors qu'il s'agit là, dans une position proche de celle d'un Straub mystique, de sublimer pendant deux heures une parole dont l'énoncé, le cheminement, est plus important que l'action.
Ricardo Trepa et Luis Miguel Cintra démontrent une nouvelle fois que le portugais des films d'Oliveira est la langue la plus suave du monde. Mais pour éviter de succomber comme moi à leur somnolente mélopée, évitez, pour une fois, les premiers rangs de la salle.

L'Intrus de Claire Denis.
Dans L'Intrus, Claire Denis nous emmène loin, jusqu'aux rivages coréen, jusqu'aux îles du Pacifique. Jusqu'au fond de rêves aussi terrifiant qu'immaculés. A la recherche d'une altérité qui a l'ambivalence de l'inconnu : peut-être ennemi mortel qu'il faut froidement égorger, peut-être présence régénératrice qui nous permettra de commencer une nouvelle vie, d'effacer les erreurs de l'ancienne. "Commandé" par l'unité fiction d'Arte, produit par le toujours plus regretté Humbert Balsan, L'Intrus m'a peut-être d'abord déstabilisé par la promesse d'une proximité qu'il ne cessait par la suite de me refuser. Parce que peuplé de figures habituelles du cinéma de Claire Denis, au premier rang desquelles l'impressionnant Michel Subor, son récit plus que lacunaire n'a pas trouvé chez moi sa valeur universelle. Et m'a laissé, perplexe, comme devant un miroir où je ne me reconnaîtrais pas.

Aujourd'hui, il était l'heure de rentrer. De revenir parmi les siens, parmi les films qui jamais ne se démentent. Parce que même si l'on a changé, même si certains ne sont plus là, on s'y sent toujours bien.
C'était en prévision de (et en préparation à) la rétrospective consacrée par le Festival Paris Cinéma à Michael Cimino, l'occasion de revoir quelques scènes de ses films. Dont ces trois dernière minutes, celles du retour final du Voyage au bout de l'Enfer qui, même décontextualisées m'ont une nouvelle fois fait chialer ma mère. Si vous me passez l'expression.