Avant que n'en sorte le jeune homme, qui ne quittera pas sa parka kakie de tout le film, le spectateur a eu le temps de se demander ce que faisait cette voiture, plantée au milie d'un champ vide. Et aussi d'apprécier le très beau grain d'une image en Scope et la musique discrètement électronique qui accompagneront le parcours des personnages principaux.

Dimitri, c'est lui, est un jeune homme solitaire, effacé. On dit qu'il a perdu ses parents et sa famille quand il était plus jeune. Du moins c'est ce que prétend Marie, sa voisine, à sa collègue Cathy. Toutes deux, elles déballent et vendent des meubles à bas prix, dans un grand entrepôt anonyme d'une banlieue wallonne. Non loin de l'entreprise qui emploie Dimitri, et qui, elle, vend des maisons "clé-sur-porte".

Ce petit "belgicisme" fonctionne de concert avec les images pour dé-réaliser l'environnement de ces trois jeunes gens. La Belgique d'Ultranova est un pays plat et vide. La campagne, les villages entre abandon et re-lotissement, les bâtiments industriels qui parsèment le paysage sont tous filmés comme s'ils étaient "les abords" d'un lieu que l'on ne verra jamais.
Il y a dans ce point de vue quelque chose de l'Amérique, voire de "l'Americana" : une nostalgie de grands espaces déjà dévoyés. Par ces pancartes, ces épiceries de village aux noms anglicisés (Sweet Home, Food Store).

Envers ses personnages aussi, Bouli Lanners garde la distance, à mi-chemin de la tendresse et de l'ironie parfois féroce. S'il réussi ainsi de très belles petites scènes, le film risque parfois de trop passer pour une collection de jolis courts-métrages. Il serait pourtant injuste de s'arrêter à ces considérations, car l'enchaînement des petits riens de ces trois vies nous fait soudain nous rendre compte que s'est modifiée en profondeur la perception que nous avions d'elles au début du film. Ne nous arrêtons donc pas aux apparences, et ne limitons pas le cinéma belge aux frères Dardenne.