Le Syndicat veut persuader Franz (Rainer Werner Fassbinder), un petit maquereau munichois, d'exercer ses talents pour leur compte. Mais il joue les durs pendant les interrogatoire comme dans le sous-sol où il est détenu avec d'autres hommes. Il y prend pourtant la protection de Bruno (Uli Lommel), jeune dandy apeuré avant de se voir relâché.
Quelque temps plus tard, Bruno rejoint Franz et sa poule, Joanna (Hanna Shygula). Menacé par un Turc qui croit qu'il a tué son frère, Franz ne sort plus. Bruno le convainc d'agir. Mais il est en fait envoyé par le Syndicat pour compromettre Franz et laisse plusieurs cadavres derrière eux. Alors qu'ils s'apprètent à dévaliser une banque, Joanna prévient la police. Bruno est tué, Franz et Joanna s'échappent sur une route de campagne.

C'est le premier long-métrage de Fassbinder et il est nourri d'influences visibles. Dédié à Chabrol, Rohmer (un personnage s'appelle d'ailleurs Erika Rohmer), Straub ainsi qu'à une paire de personnages d'un western de Daminano Damiani, c'est un film de gangster vu à travers le prisme relecteur que les cinéastes européen, en particulier de la Nouvelle Vague, avaient appliqué au genre dans les années précédentes. Godard, lui, n'est pas cité, mais on sent bien qu'il n'est pas loin non plus, dans les thèmes (A Bout de souffle, Alphaville) ou les dialogues.
Entrechoquant parfois les séquences, Fassbinder filme à plusieurs reprises de très longs plans de visages, de face, comme pour nous montrer que la première impression peut être trompeuse. Ainsi de Bruno, qui pour son premier plan a droit à se traitement, suffisant pour nous signifier que derrière son regard de mouton apeuré se cache un danger que Franz, trop agité, ne prennant que rarement la peine d'observe, sera incapable de voir.
Dans le train qui le mène à Münich, Bruno est assis face à une femme blonde, d'une sensualité explosive. Mais cette-fois le visage cache son jeu jusqu'au bout, jusqu'au plan de côté qui la démythifiera : "A quoi pensez-vous ? Au sexe ? / A la Révolution". Mais Fassbinder ne se cntente pas de revisiter ces films, il utilise également ses propres atouts, comme la liberté de ton d'acteurs qui ont l'habitude de jouer ensemble. Si une scène au supermarché rappelle un instant Assurance sur la Mort (sans doute les lunettes noires), elle se transforme aussitôt en une longue divagation aux accents d'une improvisation jazz.


El Santo (Klaus Kinski) et El Chuncho (Gian Maria Volonte) à qui est dédié le film

C'est un film noir, sans avenir. Noir comme l'est cette séquence empruntée (ouvertement) au cours métrage que Straub avait tourné l'année précédente avec Fassbinder et sa troupe de l'Aktion-Theater, Le Fiancé, la comédienne et le maquereau. C'est un très long travelling, filmé d'une voiture, sur une rue d'une banlieue industrielle de la ville qui, de nuit, est arpentée par de nombreuses prostituées. Les îlots de lumière, tantôt une affiche, tantôt une station service, ne percent pas la nuit (et la perce d'autant moins que le plan original, très joliment contrasté, est ici quasi uniformément noir), la nuit qui dès lors s'empare du film. Malgré le "happy end". S'il ne peut plus rien arriver à Franz et Joanna, jamais ils ne quitteront leur condition. Joanna rêvait d'épouser Franz, d'avoir des enfants. Quand elle lui avoue sa trahison, la raison du braquage qui a mal tourné, il n'a qu'un seul mot, craché entre les dents. Un jugement sans appel. "Pute !".