L'Année des treize lunes
Par Grégoire, jeudi 12 mai 2005 à 21:45 :: cinéma :: #43 :: rss
In einem Jahr mit dreizehn Monden de Rainer Werner Fassbinder
avec Volker Spengler, Ingrid Caven, Gottfried John.
(1978 - 2h04)

"Quand une année lunaire compte treize lunes, elle entraîne souvent des catastrophes individuelles inéluctables (...) et 1978 est l'une d'elles" nous annonce-t-on en préambule. C'est l'année du suicide d'Armin Meier, amant quitté par Fassbinder à qui le film est dédié et qui inspire sans doute, du moins en partie, le personnage joué ici par Volker Spengler.
Mais toute la vie d'Elvira, née Erwin n'est ici qu'un long prélude à cette catastrophe individuelle. Abandonnée par son amant, rouée de coups par des prostitutés furieux de découvrir qu'elle n'est pas un homme, Elvira va errer cinq jours durant dans la ville, remontant au gré des rencontres ses souvenirs qu'elle confie à Zora-la-Rouge, sa seule fidèle.
Tourné dans l'urgence par un Fassbinder omnipotent (scénario, caméra, montage inclus), le film a la cruauté de son sujet. C'est l'histoire d'un homme qui fait parfois les choses sans vraiment y réfléchir, emporté par ce qu'il appelle sa "Dummkopf". Marié, mais attiré par un homme qui le fascine, il change de sexe sans rien lui en dire. De Erwin à Elvira, du théâtre aux bars à hôtesses, de la rupture au suicide.
Le film semble très largement improvisé et laisse parfois perplexe par la longueur de ses séquences ou l'apparition de personnages bizarres peu rattachés au propos général. On imagine que le film servit aussi de travail de deuil au cinéaste. On ne peut en tout cas que rester cloué dans son fauteuil lorsque, pour sa première séquence-souvenirs, Elvira amène Zora aux abbatoirs, où elle travailla. Utilisant cet environement comme une scène et le rouge du sang comme un décor, Elvira raconte sa vie d'avant, quand il aimait le théâtre. A ce moment-là, il est visible qu'Elvira souffre plus que les bœufs abattus à la châine.
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