Gerhard (Alexander Allerson), riche industriel, prétexte un congrès à Oslo pour retrouver sa maîtresse française (Anna Karina) qu'il emmène dans sa vaste demeure de la campagne bavaroise. Il y tombe sur sa femme (Margit Carstensen), supposément à Milan mais bien dans les bras de son propre associé (Uli Lommel). Cette rencontre a été orchestrée par Angela, leur fille adolescente et infirme, qui ne tarde pas à les rejoindre, accompagnée de sa gouvernante, la polonaise muette Traunitz (Macha Méril). Complété par la gardienne de la demeure et son fils, le week-end d'escapade se transforme en un huis-clos de rancœur et de non-dits, et culmine dans le jeu cruel de la Roulette Chinoise.

Les adultes ne sont finalement que d'autres poupées dans la collection d'Angela, qu'elle manipule avec le vice de l'enfance. Elle sait tout et fait tomber les masques les uns après les autres. Jusqu'au jeu de la Roulette Chinoise, l'apothéose de sa machination. Un jeu a priori anodin - il s'agit d'un portrait chinois entre deux équipes - que les adultes ont inconsciemment perverti, adepte qu'ils sont du double langage et des sourires de façade. Angela le sait, et n'attend que cette traditionnelle question bonus : "Quel rôle aurait-il/elle joué pendant le troisième Reich ?"

Roulette Chinoise est l'un de ces films dont on peut dire qu'il dissèque une époque. Dans la vaste salle à manger que meublent des vitrines de verre, Fassbinder observe au microscope la société allemande des années 70, une société à l'hypocrisie oublieuse qui éclate d'un rire faux pour sauvegarder les apparences. La caméra ne cesse de tourner autour des personnages, autour de leurs regards en coin, dans une mise en scène brillante de la tension, de l'hystérie rentrée que matérialisent ces vitrines et leurs reflets.