Moi, toi et tous les autres
Par Grégoire, vendredi 20 mai 2005 à 20:00 :: cinéma :: #33 :: rss
(Me and You and Everyone We Know) de Miranda July,
avec John Hawkes, Miranda July.
(2004 - 1h25)
Grand Prix de la 44° Semaine Internationale de la Critique et Caméra d'Or
Devant la photo d'un coucher de soleil trop idyllique pour être honnête, une voix féminine demande des promesses d'amour toujours... et se répond à elle-même en prenant une voix grave. Christine n'est pourtant pas schizophrène, mais elle utilise le bonheur de ceux qu'elle croise pour produire ses propres installations vidéos.
Richard doit quitter sa femme devant l'indifférence de leurs deux enfants. Sur son front lawn, il décide soudain d'immoler sa main gauche.
Deux vies toutes simples, deux petits dérèglements que les personnages combattent comme ils le peuvent. On pourrait être dans ces quartiers d'habitation que David Lynch nimbait de dangereuse étrangeté. On est, plus modestement, dans le premier long-métrage primé à Sundance d'une jeune artiste-cinéaste (mais son site perso vous en dira plus).

Un travail d'artiste qui se reflète plusieurs fois dans le film. Outre le personnage de Christine qu'elle incarne et ses déboires avec les institutions pour la promotion de l'art actuel (la conservatrice de galerie est sacrément chargée), le personnage solitaire de la jeune Sylvie qui se rêve femme au foyer en découpant minutieusement les images puis en acquérant petit à petit un trousseau complet semble une autre représentation de la conscience de l'artiste.
Mais le film a les défauts de ses ambitions et se heurte à la difficulté de construire autour de cette femme et de cet homme une vision loufoque et douce-amère de la vie. On assiste alors à une succession de saynètes qui, si certaines s'avèrent touchantes, manque un peu d'allant.
Qu'il s'agisse de la tentative de sauvegarde à la Speed d'un poisson rouge oublié sur un capot de voiture ou des provocations envers un voisin de deux jeunes filles un peu lestes, Miranda July nous rappelle à chaque instant que l'âge adulte, qu'on en regrette les occasions gâchées ou que l'on en anticipe la prometteuse liberté, n'est que rarement une partie de plaisir. Mais que parfois, tout peut changer en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "Macaroni".
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