Ce que cache La Moustache
Par Grégoire, jeudi 7 juillet 2005 à 21:45 :: cinéma :: #54 :: rss
La Moustache de Emmanuel Carrère,
avec Vincent Lindon, Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric.
(2005 - 1h26)
Un jour, Marc se rase la moustache. Comme ça, juste pour voir. Seulement ni sa femme ni personne ne le remarque. Malaise.
L'irruption du fantastique dans la réalité est une situation riche de promesses, particulièrement au cinéma qui peut jouer de cette incongruité sur divers registres. Emmanuel Carrère commence, lui, par le burlesque, par les yeux de Vicent Lindon (excellent de bout en bout) qui brillent de la joie du forfait accompli, de l'admiration que celui-ci ne manquera pas de susciter. Ses évitements, ses entrechats, lacets, miroir, serviette font presque oublier la pression, déjà présente, induite pas de très gros plans : ciseaux, miroir (déjà, et grossisssant), vortex pileux qui semble capable dans sa tranquille rotation d'entraîner l'homme... et sa raison.

L'angoisse qui saisit Marc, c'est la peur de ne pas exister aux autres. Et son "pour voir" initial de se transformer en un quitte ou double avec sa propre identité pour mise et la certitude que les autres joueurs bluffent, de plus en plus chancelante. En maître de jeu, Emmanuel Carrère n'a de cesse de souffler indications et vents contraires. Hélas, à défaut de créer le maëlström espéré, cette stratégie finit par plaquer au sol l'intérêt que le film avait brillamment gagné dans ses premières minutes.
Le personnage existe-t-il aux autres (que son auteur) ? En terminant son film sur un "comme si de rien n'était', Carrère noie les quelques spectateurs qui avaient suivi la dérive de Marc jusqu'au bout du monde. Envolé pour Hong-Kong dans un cernier acte conscient mais déjà plus raisonné, il bloque dans un entre-deux, multipliant les rites de passage, monnaie, portillon, bac pour Kowloon et retour, mutiples tentatives d'exorciser le passage vers l'âge adulte qu'il a, en se rasant, annulé - ce que confirment trois adolescentes qui, seules, semblent le remarquer.
C'est la nuit et une dernière dérive sur des eaux noires, qu'il nourrit de son portable tel Charon de son âme, qui annoncent son retour à la surface. Seul (ou non) dans cette Chine lointaine (filmée de manière aussi peu mystérieuse que ne l'était un couple qui, ultime pittoresque, voyait la femme préférer le foot) ; boucle lynchienne ou délire hyperréaliste, aucune hypothèse n'est, à nouveau, pivilégiée. Las de continuer une enquête qui ne le concerne plus, le spectateur quitte la salle, déçu et frustré.
Commentaires
1. Le jeudi 1 septembre 2005 à 10:57, par zoso :: site
2. Le mercredi 14 février 2007 à 23:27, par Elke :: site
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