La Main de Fer
Par Grégoire, mercredi 27 juillet 2005 à 00:02 :: cinéma :: #59 :: rss
(King Boxer) de Chung Chang-Wha,
avec Lo Lieh, Wang Ping, Wang Chin-Feng.
(1972 - 1h37)
Poursuivant la reprise hexagonale des perles de la Shaw Brothers que le studio de Hong-Kong a restauré depuis 2003, Wild Side nous gâte avec pour l'été La Main de Fer de Chung Chang-Wha. Un film qui jouit déjà d'une solide réputation chez les amateurs, car avant d'être visuellement cité par Tarantino dans Kill Bill, il fut surtout le premier film de kung-fu à connaître une distribution et un succès internationaux.
Succès auquel la personnalité de Chung Chang-Wha n'est sans doute pas anodine. Cinéaste coréen, il est à l'époque encore presque un nouveau-venu dans l'enclave chinoise où il tourne sous le nom de Cheng Chang-Ho et apporte à ce genre très local une expérience et un regard différents. Non du point de vue du scénario, de toute façon imposé par le studio et qui met comme souvent en scène les rivalités entre différentes écoles d'arts martiaux autour d'un tournoi qui doit assurer à celle qui l'emportera une suprématie pas uniquement sportive... et qui dès lors suscite des convoitises.
On ressent en revanche comme une internationalisation de l'intrigue qui pourrait provenir de l'origine du metteur en scène. Dans La Main de Fer, la tradition chinoise, celle de ses écoles et de ses technique secrètes comme celle qui donne son nom au film, affronte les influences, présentées comme malfaisantes sinon néfastes, de l'étranger. Ce sont d'abord les dirigeants du clan Meng qui, brushing impeccable et cigarette au coin des lèvres, sont des bad boys en droite ligne de la légende de James Dean, qui a leur tour n'hésiteront pas à faire appel à l'ennemi suprême (des Chinois comme de la Corée) : le Japon.
Flanqué de deux acolytes pratiquant un judo plutôt violent, le mercenaire samouraï est un adversaire redoutable dont Chung Chang-Wha utilise remarquablement la singularité. Annoncé, il apparaît au cours d'un panoramique vertical qui souligne sa démarche ferme et altière mais qui surtout met en avant... ses chaussures. Alors que les Chinois portent des chaussures, le samouraï a des socques sonores qui vont jusqu'à la fin du film être l'annonce audible du combat, et souvent de la mort, imminents.

Au conservatisme de fond du scénario s'opposent par ailleurs quelques aspects peu habituels encore à l'époque. Le premier est la vitesse des scènes de combat. Pas seulement dans le montage, déjà relativement fragmenté, mais dans les mouvements même des acteurs - exécutants. Une vitesse que Chung Chang-Wha explique par sa prédilection pour les trampolines plutôt que par les techniques de cables qui donnent des effets planants à la Tigre & Dragon et qui étaient très prisées à Hong Kong au début des années 1970. Et cette vitesse semble heureusement se propager aux à-côtés de la fiction, notamment à l'intrigue sentimentale, souvent révélatrice de jeux d'acteurs à la limite de l'indigence et qui n'est ici qu'effleurée.
Enfin le film nous surprend également lorsqu'il change de ton en cours de route. Rapprochons cet effet à l'aspect international de l'intrigue pour boucler la boucle, mais il ne s'agit pas d'une pirouette de plus de la part du critique émoustillé par tant de combats. La nouveauté percutante est le coup de boule qu'une brute mongole, d'abord exhibée sur les marchés avant de rejoindre les Meng, administre au mépris flagrant de toutes les règles martiales. Ignorance de la tradition ou ruse préméditée, le geste est l'ouverture soudaine sur une violence extérieure que vont rapidement s'approprier les méchants. Car quand seule compte la victoire, tout les coups sont permis. Et c'est l'occasion de l'irruption d'une violence inhabituelle dans le genre, car montrée comme telle, intacte et douloureuse. du coup : mains broyées, sang, énucléations et retour à Kill Bill. Qui a parlé de boucle ?
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