L'homme qui nous parle est à la dérive. Caméra à la main, le regard plongé dans l'écran LCD, il tente tant bien que mal de remonter le courant des citadins, pressés de rejoindre leur travail. Lui est cameraman freelance, sans contrat depuis longtemps. Un jour, il est témoin et filme le suicide, particulièrement sanglant, d'un vieil homme dans une station de métro. Scoop, diffusé le soir même, dûment flouté, sur une chaîne locale.
Loin de le remettre en selle, cet événement est le point de départ d'une véritable descente aux enfers que semble déjà nous promettre le lent débit de la voix off. Masuoka a plongé son regard dans celui, épouvanté, du désespéré et dont les prunelles hagardes le mèneront dans les profondeurs de Tokyo où les Deros, ces vampires modernes, règnent à l'insu de tous.

Le caméraman, interprété par le cinéaste Shinya Tsukamoto (Tokyo Fist, Bullet Ballet) devient peu à peu le descendant du Voyeur de Michael Powell, et le film de Shimizu nous place doublement en observateur des images. De fait, Marebito fait suite à de déjà nombreux films japonais "de fantômes" qui interrogeaient le rapport des images aux présences et dont les questions évoluaient avec les technologies.
Hideo Nakata et les cassettes vidéo de Ring appartenaient en fait aux années 80 : après la projection de pellicule - c'est-à-dire de la succession, certes rapprochée, d'images ponctuelles - venait l'apparente continuité de la bande magnétique qui pouvait rendre visible un mystérieux entre-deux. Puis sont arrivées les images numériques qui changent de statut parce qu'elles sont, dès leur genèse, modifiées, "interprétées" et peuvent potentiellement rendre visible ce qui ne l'est pas d'ordinaire (pensez à ces motifs horisontaux ou verticaux qui entrent en résonance avec les lignes de pixels sur les écrans de télévision). C'est en quelque sorte la trame du Kaïro de Kiyoshi Kurosawa.

Malheureusement, bien qu'initié par ces questions sur la différence possible entre ce que je filme et ce que je vois, Marebito délaisse toute rigueur dialectique et alterne sans véritables raisons les supports d'image, de la pellicule artificiellement vieillie aux scintillement de la vidéo sur un moniteur. Des afféteries qui relèvent plus du manièrisme que de la mise en scène et nous plongent, sinon dans la folie du personnage, du moins dans un ennui qui nous est d'autant plus agréable pour dissiper au plus vite l'intese malaise que certaines scènes chocs provoquent.