Passion
Par Grégoire, mercredi 10 août 2005 à 00:01 :: cinéma :: #61 :: rss
de Mohamed Malas,
avec Salwa Jamil, Naceur Ouerdiani, Oussama Sayed Youssef.
(2005 - 1h38)
Passion. Vive inclination vers un objet auquel on s'attache de toutes ses forces. La passion d'Imane, femme syrienne, mère aimante, pour la musique d'Oum Kalsoum l'aide à surmonter le quotidien.
Passion. Souffrance. Parce que paraître joyeuse est forcément suspect, la famille d'Imane va lui faire subir un véritable calvaire.
Passion. Film franco-syrien de Mohamed Malas.
Soit le type même du film qui met mal à l'aise le spectateur tout en ratant son effet. Je m'explique. Le propos ici est d'illustrer la cruelle bêtise d'hommes capables par l'interprétation plus qu'obtuse de préceptes "religieux", d'assassiner froidement une parente, une sœur.
Illustration, surtout, de la façon dont l'usuel alibi "d'après une histoire vraie" se transforme une nouvelle fois en un piège dont un film ressort rarement entier.
Malas peine en effet tout du long à trouver ses marques, balancé qu'il est entre ce fait-divers atterant, rendu palpable par une image vidéo vériste, et une mise en scène extrêmement théâtralisée dont les dialogues paraissent tantôt déclamations tantôt didascalies.
Une hésitation qui culmine lors de la scène, longtemps attendue, du meurtre "filmé exactement comme il a été décrit dans les rapports de police et les témoignages des assassins" (cf le dossier de presse). Sauf qu'au mileu de cette scène brutale, filmée à l'épaule, le malfrat bouscule soudain la caméra en s'écriant "Pourquoi tu filmes !?".
Cette généralisation brutale - tous les artistes, chanteuses comme cinéastes, seraient également menacés par l'obscurantisme spirituel - particularise encore cet instant horrible, faisant de cette femme que l'on suit depuis une heure la martyre exemplaire et non un cas parmi bien d'autres, tous aussi affreux bien que moins romanesques.
Passion repose ainsi, trente ans après, les questions qu'échouaient à résoudre les "fictions de gauche" de nos cinématographies occidentales. Les meilleurs intentions politiques restent toujours dangereusement solubles dans un surplus de fiction.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire