A vot' bon coeur
Par Grégoire, mercredi 31 août 2005 à 12:02 :: cinéma :: #66 :: rss
de et avec Paul Vecchiali
avec François Lebrun, Elsa Lepoivre, Matthieu Marie.
(2004 - 1h35)
Qui ne connaît pas Paul Vecchiali risque d'être surpris par A vot' bon cœur. Qui le connaît aussi, d'ailleurs. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2004, le film avait été une fraîche bouffée de gaz hilarant lâchée dans l'atmosphère souvent empesée du Festival de Cannes. Quinze mois plus tard, l'effet perdure.
Deux trames narratives se croisent et se recroisent autour des espaces verts d'une ville de banlieue parisienne (le Kremlin-Bicêtre, bien entendu). D'abor dune silhouette mouvante et muette, un Mandrin moderne, distribue de grosses enveloppes pleines d'euros au petit peuple de la ville. De ces mystérieuses donations naissent questions, suspicions, et chansons. En parallèle, un vieux cinéaste va arrêter le tournage de son mélo faute d'avoir obtenu l'avance sur recettes . Mais il décide plutôt de liquider, l'un après l'autre, les membres de la commission qui l'a retoqué une fois de trop. Une double fable sur la circulation de l'argent dans notre société, une revanche amère sur le système ? Le film sublime ce matériau par l'humour et la poésie pour se présenter comme un objet absolument inédit.

Il est certain que la première satisfaction qui s'empare de nous est celle de retrouver sur l'écran un nom, des visages et des lieux que l'on croyait définitivement perdus. Epuisé par des années à se battre pour ses projets, Vecchiali avait décidé que si le cinéma restait une raison de vivre, il n'était pas non plus une raison de mourir. Et il se retirait, se consacrant à écrire sur le cinéma français d'avant-guerre, celui qui lui avait communiqué un jour, à travers le regard de Danièle Darrieux, cette incurable passion.
Cinéaste avant tout, il a été par nécessité producteur (création de Diagonale) et acteur (le rôle intenable de l'avocat du tueur d'enfant dans La Machine, 1977). De multiples facettes que l'on retrouve dans A vot' bon cœur où Vecchiali est présent sous toutes les formes. C'est lui bien sûr qui tient son propre rôle de cinéaste, réutilisant du matériel de La Guêpe, projet avorté en 1997 dans lequel il tenait lui-même le rôle de Monsieur Paul, riche malfrat qui possède plusieurs clones pour mieux brouiller les pistes. Pas étonnant dès lors qu' A vot' bon cœur soit un film qui lui ressemble : séduisant, violent, en un mot entier... même s'il n'hésite pas à se disséquer lui-même, dans la scène où siège la commission de l'avance sur recette. En direct, en split-screens multiples comme à travers les yeux d'une mouche, il replace avec un humour féroce les critiques qu'il ne cesse d'entendre depuis des années dans les bouches de quelques-uns des membres de sa bande (Jean-Christophe Bouvet, l'interprète fidèle ou Marie-Claude Treilhou, disciple et amie).
Vecchiali est un cinéaste fidèle. Fidèle à ses acteurs, que l'on retrouve avec joie ne serait-ce que pour une apparition, fidèle même aux institutions que le repoussent - plus de vingt refus consécutifs de la comission. Et A vot' bon cœur est aussi un film qui se souvient. D'abord de ces chefs-d'œuvre précédents, avec le retour dans la ruelle de Corps à Cœur ou une mélodie qui éveille soudain un plan-séquence comme dans Once More. Jouant avec les limites du nombrilisme comme avec les codes du cinéma , montant de bric et de broc des plans dont l'image vidéo n'est qu'un des signes de la pauvreté de moyens dont il dispose, Paul Vecchiali déborde encore d'énergie, d'envie de cinéma. On peut reprocher à A vot' bon cœur d'être le film de tous ses projets perdus, parfois trop porte-parole, tirant parfois à hue et à dia. Mais au moins deux scènes ont déjà pris leur place dans notre panthéon personnel, deux faces-à-faces avec Françoise Lebrun qui arracheraient des larmes à n'importe quelle pierre du désert. Alors écoutez vot' bon cœur et allez-y.
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