Virgil
Par Grégoire, dimanche 11 septembre 2005 à 19:45 :: cinéma :: #75 :: rss
de Mabrouk el Mechri,
avec Jalil Lespert, Léa Drucker, Jean-Pierre Cassel.
(2004 - 1h33)
Une musique aux cuivres funkoïdes, l'atmosphère enfumée et poisseuse d'un ring un soir de match. Des premiers indices qui nous laissent penser que Mabrouk el Mechri n'ignore pas qu'en choisissant le monde de la boxe, il inscrit son premier film dans un genre (sinon une lignée) qui, de Gentleman Jim à Million Dollar Baby, entretient avec le cinéma une longue histoire de compagnonnage. Similarité du dispositif scénique, où un seul rectangle clair brillamment éclairé est l'objet d'attention et de passions pour tout un public, souvent populaire, qui vibre dans le noir ?
Plutôt que de l'affronter, de luyi tendre les bras pour l'embrasser ou le mordre, el Mechri a choisi face au genre une tactique à la Muhammad Ali, version pré-combat du siècle : lui tourner autour, essayer de temps à autre de l'asticoter de loin, en tout cas ne jamais vraiment s'y frotter. Sans discuter de l'opportunité sportive de ce choix, il s'avère un échec cinématographique.
Sur une séquence de Virtual Boxing 2005 - cadré torse et poings adverses, caméra qui vibre comme un joystick dernière génération - nous parvient une insupportable voix off, celle qui veux à tout prix, à coup d'adresse directe au spectateur, lui faire comprendre que les beignes physiques que se prend le héros ne sont que l'images de celles, multiples que cette chienne de vie nous réserve à tous. C'est encore le générique, et déjà le film nous paraît une succession de clichés clippés.
La suite ne redescend certes jamais aussi bas, mais échoue toujours à emprunter un rythme qui soit un rythme de cinéma. Collection d'instants qui tous sont plus justifiés par une chute souvent verbale - et voilà le retour du "bon mot" accoudé à l'argot franchouillard 60s du père Ernest (Jean-Pierre Cassel) - que par une progression de récit par ailleurs peu dense, Virgil est symptomatique d'un jeune cinéma français qui repousse violemment toute veine auteuriste intimiste et n'hésite pas, pour atteindre une certaine universalité, à adopter avec le spectateur, le ton mielleux du marchand de tapis en période de braderie.
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