Dans le Los Angeles du début du 21° siècle, une quinzaine de personnages ne cessent de se croiser, entremêlant leurs petites histoires d'incompréhension, d'intolérance et de racisme. Etonnamment récompensé du Grand Prix du récent festival de Deauville, c'est un pur "film de scénariste" que nous propose Paul Haggis (par ailleurs auteur du Million Dollar Baby de Clint Eastwood).

Autant de vies, autant de points de vue qui - c'est le principe du film - se limitent le plus souvent à l'habitacle étriqué du véhicule occupé. Untel a la climatisation, tel autre un gyrophare, et les vies parallèles ne se rencontrent que, littéralement, par accident. Film "à sujet", Collision nous explique par l'exemple que la rencontre, l'entrée de l'un dans l'espace de l'autre, s'avère toujours violente et que le vrai courage doit faire sortir son prochain, de force s'il le faut, du ghetto de ses pensées.

Le réalisateur est responsable de l'effondrement de l'échaffaudage fictionnel que, scénariste, il avait lui-même peaufiné. Il heurte en effet de plein fouet les limtes pourtant déjà (trop ?) balisées du film choral : où finit la virtuosité de l'intrigue et où commence l'artificialité des situations ? Trop soucieux de l'incarnation des personnages (et de l'identification des spectateurs), il ne permet que très rarement à ses interprètes de rester au niveau de l'archétype qu'ils devraient représenter.
Et la mégalopole californienne de se parer ainsi des reflets d'un bourg de province qui, jour de marché ou de messe, voit défiler toute une population dont les aventures n'intéressent véritablement que les commères les plus désœuvrées.