Caché
Par Grégoire, mercredi 5 octobre 2005 à 12:00 :: cinéma :: #79 :: rss
de Michael Haneke,
avec Daniel Auteuil, Juliette Binoche, Maurice Bénichou.
(2005 - 1h55)
Il y a un moment puissant et beau dans le nouveau film de Michael Haneke. C'est une rue parisienne qui est filmée en plan fixe, dans la clarté d'une image vidéo haute définition qui ne nous renseigne que peu sur l'heure ou la saison. C'est aussi le générique du film puisque s'inscrit petit à petit en surimpression la litanie des célèbres têtes d'affiche et des collaborateurs plus modestes. Peu d'animation dans le quartier : une femme sort de la maison qui nous fait face, puis plus tard un homme. Enfin surgit une voix, sa voix, off. L'image se fige alors qu'on comprend que ce que nous regardions depuis quelques minutes n'était pas le film que nous étions venu voir, mais des images volées, capturées en cachette.
Une fois nos esprits retrouvés, on se souvient alors que les films de Haneke comprennent aussi leur lot de moments pénibles. Un adjectif qui, ici, pourrait quasiment s'appliquer à toute la suite du film. Dans ses premières œuvres, réalisées en Autriche, Haneke portait un regard aigu sur la société et la bourgeoisie de son pays. Depuis son arrivée à Paris avec Code inconnu la recette est la même mais elle ne cesse de perdre sa saveur. Est-ce un besoin d'universaliser son propos qui a conduit le réalisateur à transporter ses obsessions dans un pays et un milieu qu'il ne connaît pas aussi bien ? Sont-ce les dialogues, écrits en allemand puis traduits en français qui nous écartent complètement de l'identification, pourtant clairement recherchée dès ce premier plan, avec le couple vedette ?

Toujours est-il que les mésaventures de ces deux bourgeois plus ridicules que bohêmes, harcelés par un mystérieux admirateur de Lynch - les cassettes vidéo déposées sur le pas de la porte - et de Dario Argento - les dessins d'enfant d'inspiration Profondo Rosso - nous passent d'autant plus au-dessus de la tête que les explications qu'apporte le scénario (l'ancrage "historique" dans la période de la guerre d'Algérie avec manifestations et massacres) apparaissent complètement artificielles.
Si l'on sort en colère de la projection, c'est bien contre le réalisateur qu'elle est dirigée, et non contre la lâcheté qu'il souligne chez ses personnages. L'usage de l'image vidéo qui nous avait habilement induit en erreur au départ n'est rapidement qu'un gimmick qui serait anodin s'ils ne nous obligeait à subir tout au long du film cette texture affreuse de la photo. Certes elle permet également à Haneke de travailler les plans longs, de se mesurer à la violence frontale ou au hors-champ dans la durée. Mais sur des thèmes proches de ceux de Benny's Video dont le résultat était autrement plus réussi, cela s'apparente à un constat d'échec.
Commentaires
1. Le dimanche 6 novembre 2005 à 22:02, par Pierre :: site
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