Ça brûle
Par Grégoire, samedi 19 août 2006 à 22:05 :: cinéma :: #83 :: rss
de Claire Simon
avec Camille Varenne, Gilbert Melki (1h50)
Livia a quinze ans mais on ne le sait pas encore quand on la découvre. Où plutôt lorsque l’on découvre sa cuisse. La droite. Celle que Jean, en premier, touchera.
Jean est pompier. Ça, elle l’apprendra vite, une légère déception s’inscrivant sur son visage encore étourdi. Tombée de cheval sur une route de Provence, elle s’attendait peut-être à être secourue par un noble chevalier. Qu’à cela ne tienne, Jean sera celui-là. Pompier, âgé, marié, quelle importance ? Livia a quinze ans, les formes et le caractère de l’adolescence. Si elle aime comme dans les contes, elle désire comme dans les conversations entre jeunes de son âge, nourrie aux vidéos qu’on se prête sous le manteau.
Sur son cheval qu’elle quitte à peine, Livia paraît hautaine, jugeant les touristes qui louent un confort pour quelques semaines (on est au début de l’été), narguant ses congénères qui pour errer depuis la fin les cours préfèrent le scooter. Livia est plutôt seule, en conflits avec un père démissionnaire, avec une mère dont l’amante, grande sœur et rivale potentielles, a investi le foyer. Attachante, fixant la caméra quasiment tactile de Claire Simon lors de ses balades à cheval, mais aussi peste. Moins jolie que les autres, comme elle se le raconte, mais entière.
Puisque Livia aime, elle est aimée. Son animal parti, sa quête de Jean s’accélère. Ses relations amicales restent équivoques, souvent calculées (voir le personnage de « Moisi », entre émissaire moqué et confident intime) et ses tentatives plus appuyées : visites, appels, textos.

On l’avait compris, bien avant que le feu qui couve n’embrase la pinède, c’est du désir de Livia que le film tire son titre. L’allusion est facile, appuyée de plus par l’omniprésence de la couleur rouge (cheveux auburn, passage symbolique de la culotte blanche au string rouge juste après la rencontre) sans oublier le fantasme stéréotypé du pompier. Mais Claire Simon donne surtout à voir le passage délicat de l’enfance au corps sexué. Avant de laisser sur le bord de la route son père plus que jamais dépassé, Livia lui crie qu’elle a « la majorité sexuelle, c’est tout ! ».
Filmant cet entre-deux, Ça brûle manque parfois de se perdre en son milieu, des atermoiements adolescents aux scènes d’incendies, superbes mais dont la fascination qu’elles engendrent (chez la réalisatrice, apparemment, comme chez le spectateur) ralentit encore un récit déjà abstrait. Mais de son ouverture mystérieuse à un final sublime (la musique de Martin Wheeler, déjà metteur en sons de l’Adieu d’Arnaud des Pallières y est d’ailleurs pour beaucoup), le film continue longtemps à s’attiser en nos mémoires.
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